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Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 11:09


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XII

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Η θαυματα πολλα,

και που τι και βροτων φατις

υπερ τον αλαθη λογον !

«Ah, que de merveilles ici-bas,

mais aussi que de récits de mortels

outrepassant la simple vérité !»

dit le poète de Cynoscéphales...

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Pourtant la splendeur du site d'Olympie

dans le soleil printanier ne peut se raconter

en paroles dont le souffle court peinerait à se hausser

jusqu'au bleu pur de la «simple vérité» !

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L'azur se dévêt dans les arbres de Judée.

Sa neigeuse nudité entre les bras griffus de l'amandier

lutte, puis nuage rose s'essore enfin vers la gloire

où l'aigle crie, auquel - derbies de cuir noir

vaquant à leurs devoirs sacrés parmi les ruines

et les herbes fraîchement parfumées -

répondent en grinçant les lustrés corbeaux du soleil.

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Du moins est-ce là ce dont en reflets murmurants

témoignent les flots indolents de l'Alfios

qu'on appelait Alphée à l'époque où Héraclès

récura les écuries encrottinées du roi d'Elide.

 

 

 

 

 

 

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XIII

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Les Grecs ne savent pas comment résonne

leur langue à nos oreilles

à nous Gaulois et quel charme spécial

ont les syllabes par exemple du mot po-ta-mos

qui se change en «potame» aux lèvres des enfants :

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Potame, popotin, hippopotame, mais aussi Alfée

qui brille comme un mot venu du Proche-Orient,

al-fée, al-cazar, al-lumette, al-manach, al-exandre...

Je rêve... Sur le port, la petite barque de pêche

Pantochara patiente tricolore en plein soleil...

.

La mer est un vaste pétale calme. Parfois virevolte

un oiseau bref. Sur la place, une famille s'agglutine

autour d'un kiosque en gazouillant. Puis s'éparpille,

chacun léchant avec application son chocolat glacé.

Il y a une fillette qu'on appelle «élakonntamoufotini».

L'enfant docile vire en faisant voler sa libre chevelure

noire et rejoint en babillant le groupe familial

qui s'éloigne dans la grand'rue aux maisons jaunes...

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Songeant aux stèles écrites dans un alphabet bizarre

que ce matin je tentais de déchiffrer dans l'ombre des arbres,

à quelques pas des colonnes énormes du temple de Zeus,

dispersées au hasard par tronçons cannelés sur l'herbage...

...Je sirote mon café jusqu'au marc épais qui tapisse le fond

de ma tasse. Je scrute longtemps le poisseux magma noir :

je constate frustré que j'ignore comment y lire mon avenir !

 

 

 

 

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XIV

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Pour s'affirmer hellènes, et conquérir le droit

au front, de porter le bandeau, et dans la main la palme,

ils arrivaient de partout sur leurs navires effilés

aux bordages plaqués d'airain, - même de la lointaine Sicile...

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À cadence de rames, ou la voile gonflée, ils abordaient

aux rivages kiparissiens, et remontaient la vallée de l'Alphée

jusqu'au sanctuaire où drapé de grandeur hiératique attendait

l'immense Zeus d'or et d'ivoire dans son temple sans pareil.

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Jours d'espoir ! Cérémonies immaculées aux plis simples

et courses prodigieuses sous l'admiration des foules...

Et vainqueurs couronnés, dans leur mâle et brillante nudité,

non loin du bois sacré où frissonne l'autel d'une gloire argentée !

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Les oliviers sont toujours là, disséminés entre les pierres

éparses des sublimes monuments à l'ombre desquels on venait

honorer les dieux, figurés par leurs corps en un marbre accompli,

pareils à ce que nous serions dans notre humaine perfection.

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Au fond rien n'a changé depuis ces temps immémoriaux.

La lumière est toujours parfaite et les gainiers sont en fleur.

Que les pierres soient au sol ou les colonnes encore hautes,

ici l'air antique et sacré s'éternise pour les véritables Grecs.

 

 

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XV.

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Qu'on nous défie à la flûte aulétique, aujourd'hui

qu'importe ! Personne n'y entendrait le moindre intérêt !

L'écho ne rencontre que les oreilles des ruines, les chèvrepieds

depuis longtemps s'en sont allés rechercher un autre asile,

parmi les monts déserts, sous des bois sacrés à l'ombre inconnue.

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On a remplacé, dans les terres grasses des bords du fleuve,

par les tomates et radis, herbes, oignons, melons, poivrons et crucifères

de maraîches quadrangulaires, les hauts bouquets de roseaux

sonores où le vent enseignait les bergers à tailler d'acides hautbois,

et des syrinx à la voix rauque doucement comme une plainte humaine...

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Sous les yeux bovins des touristes, et ceux des gardiens désoeuvrés du site

qui m'observaient d'un œil aigu où gambadait une étincelle d'ironie,

j'ai cherché Athéna la songeuse et sa flûte aux trous forés en os de cerf.

Partout n'étaient qu'oliviers et sentiers poudreux, frondaisons aux fleurs

mauves ou blanches, et rires divins au fond de la montagne : mais nulle

.

Déesse aux yeux pers n'est sortie de l'eau pour m'aveugler de ses doigts purs.

 

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XVI

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La sérénité qui régnait entre le Cronion l'Alphée et le Pénée, comme elle s'attache au cœur du visiteur de ce site enchanté d'Élide ! L'atmosphère d'Olympie répand sa douceur parfumée entre les blocs striés, alourdis par la mémoire de ces petits hoplites aux grands rêves qui ont inventé des royaumes et des civilisations dont s'est imprégnée presque toute la planète.

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Voici qu'à peine en train de se dégager de l'Âge du Bronze, ils sont capables de façonner des cylindres de roche coquillée de deux mètres de diamètre, de les empiler en une foule de colonnes de quinze mètres de haut, pour leur dieu aux rênes de foudre. Mais cette grandeur, que l'Égypte connaissait depuis longtemps déjà, ne se voulait pas impérieuse et systématiquement terrifiante.

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Il s'agissait là de dresser dans l'aurore de la pensée logique des monuments à l'humanité des dieux, auxquels les hommes par filiation étaient irrémédiablement associés, et la beauté d'Hermès, sa science, la perfection qu'en a restitué Praxitèle, était pour les Argiens, les Doriens, les Corinthiens, les Athéniens, et tous les concurrents venus des plus distantes et plus humbles cités, l'image de l'être humain accompli.

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Tel le marbre des statues, par l'invention de la taille et du polissage, progresse dans sa façon de capter paisiblement la lumière, tels les anciens Hellènes considéraient comme naturel de rivaliser dans leur façon de capter la clarté de l'Idée, et de faire de la langue qu'ils parlaient, à l'instar de l'immense Archimède, une sorte de miroir parabolique avec lequel enflammer les âmes combustibles des hommes, seulement nourries jusqu'alors de sauvages folies.

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Ce peuple minuscule, s'il n'avait pas existé, la face du monde n'eût pas été la même.

 

 

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XVII.

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Nous avons sinué entre les stèles et les blocs tombés

dans l'écrin de l'herbe et des arbres mauves

parfois tellement intense qu'on les aurait dits

teints par la mer. Il y a tant d'oiseaux chantants

en cet air d'Olympie, où se croisent d'aromatiques

senteurs, qu'il semble que l'oxygène est plus dense,

et plus ici qu'ailleurs les femmes, amoureuses !

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On dirait qu'une rumeur d'assemblée flotte encore

au-dessus des ruines, une scansion de péans et d'hymnes,

les cris debout des foules enthousiastes commentant

les exploits luisants de corps exceptionnels qu'un instant

est venue habiter la foudre ; et la grâce longuement

préparée – jusqu'à cueillir la fleur du miracle naturel.

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J'entends secrètement les hans, tous les bruits transpirant

de la longue palestre que visite un clan d'anglo-saxons.

De combien d'espoirs sont ici imbues les parois de pierre,

les colonnes, les stèles constellées, le sol cachant les traces

d'innombrables reliques : un peu comme une scène de théâtre

dont l'essentiel du décor est par terre tracé à la craie !

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Ah, quelle chance j'ai de n'être qu'un métèque, un inhabitué :

de n'être pas né grec et de pouvoir sans rechigner, à l'opposé

d'un athénien cosmopolite, encore aimer l'Hellade des Hellènes !

 

 

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XVIII

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Solitaire, sur le quai contre lequel clapotent

les eaux Ioniennes, ces mêmes eaux que la mer

de chez moi, je laisse mes pensées vers l'horizon

rejoindre un moment ceux que j'aime

avec un peu de la couleur des barques au soleil,

espérant qu'un éclat de vert ou de bleu subreptices,

ou de rouge et de blanc, viendra rehausser leur journée.

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Je me demande en quoi nous existons, eux et moi,

réciproquement, en ces lieux que la lumière d'avril finissant

fait éclater d'une réalité saisissante comme un rêve...

Ils me semble, aux confins, que je vois un gris léger,

venu, couleur de pluie, de leur ciel nordique et qui tremble

dans la brume au-delà du môle et des gréements inertes.

Point de vent. Juste l'inspiration ventriloque qui suggère :

«Εστιν ανθρωποις ανεμων οτε πλειστα χρησις...»

.

Mais décidément, le calme plat qui nivèle la mer aux regards

de chouette sacrée s'allie à la paix langoureuse du port,

où quelques rares couples sous les bannes des tavernes

se parlent au visage, en sirotant d'indécises boissons...

Tels sont incognito les dieux, qu'ils échangent leurs amours

au nez et à la barbe des mortels, sans que le moindre souffle,

quand ils l'ont interdit, n'ose transmettre leurs paroles.

 

 

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XIX.

 

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Tant d'endroits où l'on ne pourra jamais revenir !

Lumière rose inexplicable du marbre de l'Acropole,

brillante ainsi que réfléchie en de claires larmes de pierre,

et l'accumulation, pareille à des poignées de sucres répandus,

des faubourgs d'Athènes au loin, Kallithea Chalandri Peristeri... 

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Puis Olympie à l'approche de mai et ses floraisons bleues et mauves,

ses alignements de colonnes supportant désormais, en place

de toiture disparue, un ciel d'un bleu pastel intense et délicat

qui déteint sur les grappes des glycines qui pendent des pergolas...

Marche pensive entre les rocs taillés, entre les pierres, entre les stèles.

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Ce qui vibre ici et traverse l'air inerte avec les ailes du matin,

n'est pas le seul péan des oiseaux dans l'ombre des feuillages, mais

le frissement d'une flèche de sentiment qui transperce nos pensées

et les cloue au tronc d'un songe sacré, dressé au flanc du mont Cronos :

un frisson d'irréfléchie splendeur qui nous saisit à la nuque et qui

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résonne longtemps dans nos souvenirs ainsi qu'une pure voix d'enfant

éteinte... tandis que seule ici la paix répond au triste pourquoi des choses.

 

 

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XX.

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«Η τοι εγων ελαχον πολιην αλα ναιεμεν αιει παλλομενων...

Γαια δ 'ετι ξυνη παντων ! - J'ai reçu des dieux, moi,

d'en la mer agitant ses cheveux blancs, habiter à jamais... 

La Terre demeurant commune à tous !» lit-on dans l'Iliade,

et cette aïeule mer, secrètement pour moi la langue du poème,

sans fin ressasse un ciel, ici et là semé de bribes d'infinie blancheur...

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Ce sont visions de mots... Visions de syntaxe laiteuse ,

pareille aux galaxies du printemps dont s'empanachent

les vergers en fleur, enserrant parfois quelque immémoriale ruine

aux chapiteaux doublement spiralés d'ammonites symétriques...

Et par moments comme effluves apportés par des rafales fraîches

une musique m'en vient, avec faibles mandolines et voix d'anges ;

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Plus rien n'existe alors. Mon élan tout entier consacré à l'emporter

dans la course à celui qu'un jour, encore lointain, je pourrais être,

d'olivier couronné, ou de lauriers, une palme dans la main droite,

tel, matérialisé, un rêve qui enchanterait l'ensemble des mortels.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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XXI

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Au nid des pins merveilleux et des peupliers blancs

la maison chaulée dont le soleil éblouit la façade carrée

aux fenêtres encore endormies. Si j'étais Séféris

j'aurais répété cette image à toutes les hauteurs des monts

et le gazouillis des oiseaux m'aurait empêché de dormir.

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Mais je ne suis qu'un vague aulète arrivé d'au-delà des mers.

Trois heures entre des ailes d'aluminium, blouclé sur mon siège

étroit, à roupiller, lire, manger, discuter de droite et de gauche !

Cueillis par le vent froid au sortir de l'aéroport, attendant

le véhicule qui doit venir nous chercher, nous évoquons

.

l'endroit où dans les environs un ami jadis a visité un petit

artémision : le mot dans mon esprit fait surgir l'image de Zeus

nu, bronzé, bâti comme un maître nageur, le bras gauche tendu,

et le droit brandissant son invisible foudre ! Sans chercher

d'explication, je charge nos valises et je monte dans l'automobile

.

qui vient d'arriver avec un grand soleil annonçant Olympie.

 

 

 

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XXII

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J'aurai tant vécu au milieu des morts que la différence

avec les vivants qui sont loin de moi me paraît obscure.

Peut-être ai-je un peu réalisé la frontière en voyant

cabossé, à demi aplati par les siècles dans une vitrine

du Musée d'Olympie le casque en bronze noir de Miltiade,

le stratège de Marathon, que je n'ai connu que par ouï-dire,

grâce aux Histoires du fameux Hérodote ! Car, jeune et seul,

l'on vit volontiers dans les livres avec des amitiés à sens

unique – ou dépouvues de sens, puisqu'il paraît bien vain

à tout homme sensé que de s'éprendre d'inconnus nés

près de deux mille quatre cent soixante ans avant nous !

.

Pourtant, quelle émotion – ce casque de hoplite où est gravé

Μιλτιάδης en fines lettres d'alphabet cursif, et qu'on a,

paraît-il retrouvé dans un puits votif où il fut rituellement

déposé en souvenir de Marathon ! D'un seul coup, c'est comme si

l'on m'avait soudain rendu toute la chaleur de ma jeunesse.

 

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 XXIII

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Ανεθεκεν τοι δι - « il l'a enlevé et dédié en offrande à Zeus... » 

Tant la victoire, sur la plage, était improbable à un contre vingt,

avec les cavaliers barbares si dangereux sur les flancs, il fallait

que ce fût l'inspiration du Maître de la Foudre qui les pousse

à rembarquer sans avoir combattu et sème chez les fantassins

ennemis terreur et confusion face aux rangs des Athéniens

à la phalange éblouissante ! Alors, le casque du Stratège

fulgurait comme de l'or : la mer même étincelait de ses reflets !

Le désarroi des bateaux perses les faisait s'éperonner entre eux !

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Oui, en ces temps tellement anciens le dieu acceptait encore

de venir appuyer ceux dont l'airain irradiait d'un courage

de nos jours presque inconcevable ! Et le dieu existait encore,

à qui l'on pouvait consacrer le précieux témoignage du miracle

avec un cœur d'enfant reconnaissant, même lorsqu'on était

un vétéran impitoyable aux mains humides et noires de sang !

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Mais à présent plus personne. Il ne reste ici que temples en ruines.

La vallée n'est plus qu'une coulée de souvenirs et d'arbres lumineux,

empreinte d'un genre de sérénité sacrée qui ressemble à l'ultime trace,

sur la Terre fossilisée, du pied immense d'un dieu qui s'en va...


Par La Source - Publié dans : poésie - Communauté : vos poèmes
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Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 11:04

   OLYMPIAKA

 

 

I.

 

Retour donc à la modernité,

avec les parfums d'avril de la vallée d'Élide

dans nos narines qui exacerbent les puanteurs

sitôt qu'à Roissy l'avion s'est posé.

 

Le matin encore, nous regardions le soleil

se lever sur la colline, allumer

les vitrages d'une maisonnette

et le troupeau moutonnant des oliviers...

 

...La lumière sur les colonnes, au loin l'Alphée

sinuant entre ses blanches rives, la hauteur

du Kronion massif, cônique ainsi qu'une pyramide

qui verrait à ses pieds s'étendre depuis

 

plus de trois mille ans l'étendue qui fut stade

et vit luire d'une sueur de gloire

mille et mille athlètes nus dont la vie s'accomplissait

dans le désir de parvenir à s'affirmer enfant du dieu

 

et disait un poète : premier coq jusqu'aux Enfers.

 

 

 

 

 

II.

 

Il ne fait pas partie de ma pensée

que de considérer que la nature n'existe plus...

Dans les ruines de la Palestre, ce sont

les arbres nus qui rivalisent de fleurs

branche contre branche comme jadis

les lutteurs noirs des vases rouge s...

.

La rumeur d’un Mai proche émeut les corbeaux du soleil

Aïnei de palaïon mev oïnon, anthea d'hymnôn neoterôn...

chantent-ils d'un bec sonore – à moins que ce ne soit

ce matin, moi, qui ai déjà tant bu que les arbres

parmi les colonnes bleues fleurissent or et cramoisis !

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Pousse ô Nature et que vives et consciencieuses

les abeilles de l'Élide transmettent l'espoir de mâle en femelle,

d'étamine en pistil, avec l'incitation des hirondelles

amies des fleurs qui, dès la première, ouvrent à mes regards,

n'en déplaise aux vieux barbons comme Aristote,

d'illimités et verts espaces de printemps !

 

 

III.

 

 

L'illustre exemple de l'Hellade à Olympie, il n'est pas imaginable de vouloir le suivre sans foi dans la Nature et sans le sentiment du sacré. Des pierres énormes qui s'élevaient, en colonnes du temple de Zeus ou de Héra, ce sentiment émane encore, parmi la profusion des arbres croulant sous les fleurs violettes, roses, mauves de cette fin de l'avril 2013.


Le problème est que s'il reste une vague foi dans la Nature, nous ne conservons cette foi que dans le but de contourner les lois qu'elle a instaurées longtemps avant notre existence. Nous sommes mortels, mais la biologie cherche pour les humains l'immortalité. Nous somme sexués, la biologie cherche à nous trans-sexualiser : qu'il n'y ait plus d'hétérosexualité donc plus d'homosexualité non plus. Que chacun puisse passer d'homme à femme ou être les deux ensemble selon son caprice.

 

L'agônde l'humanité, son combat, n'a plus pour but de faire éclater la faveur et la grâce des dieux. Il est d'aller jusqu'à l'abîme de l'auto-anéantissement, soit par bombes atomiques, guerres et autres horreurs du climat, soit par anéantissement de tout repère qui permettait de dire : cet amas de protoplasme en quête d'équilibre est homme, est femme,donc humain. Car si l'on supprime cette différence - ainsi que la mort éventuellement -, ce que nous nommions «humain» sera devenu autre chose.

 

Une autre chose sans nom qui n'aura plus rien, quelle que soit sa forme, d'humain. Un «genre», comme je l'entends dire. Qui sera plus éloigné même des êtres humains que ne le sont les animaux aujourd'hui. Mais je crois que ce que je dis ici est inconcevable à mes contemporains.

 

IV.

 

Ακολαστον εχων γλωσσαν, αισχισθεν νοσον,

«Leur langue est incontrôlable, honteuse maladie !»

disait Euripide, à propos de certains beaux-parleurs.

Il ne visait point les poètes comme lui, j'imagine !

Mais le nuage de l'oubli s'est étendu depuis des siècles

sur tant d'hymnes comme – Tinella, tinella...- cette chanson

d'Archiloque jadis trois fois répétée au pied du mont Cronios,

qu'à contempler le stade nu et, au-delà des verdeurs nouvelles,

l'Alphée bleu en avril, une invincible mélancolie d'une invisible

main m'étreint la gorge et me coupe un moment le souffle :

est-ce donc à cette ruine que son inéluctablement promises

nature et beauté ? La poussière chemine entre les colonnes

tombées, tronçonnées comme restes d'un géant saucisson

de pierre. Seul les oliviers, les pommiers et autres beaux arbres

fleuris sont demeurés intacts dans le poudroîment du soleil.

 

Des visiteurs suivent un guide touristique, inconscients

et distraits. L'important est la photo d'eux-mêmes, bien droits,

souriant devant le monument voulu par le père d'Alexandre.

On ne saurait poser devant le portique d'or de Pindare, certes,

et la course victorieuse d'Agésias n'est même plus un souvenir.

Et cependant quelle profondeur de sens pour l'ignorante

humanité, se joua si longtemps, ici, dans la paix d'Olympie !

 

 

V.

 

L'affreux Kronos, le fourbe, le mangeur de pierre,

se venge indéfiniment : après le Ciel, il a châtré chacune

des formidables colonnes doriennes qui défiaient sa force !

Mais il n'a pu anéantir Celui tient les rênes du tonnerre

non plus que les ravissant petits chevaux de bronze

votifs enfouis dans les puits : Gaïa les protégeait !

.

Qu'importe, d'ailleurs, au dieu des dieux que la terre

tremble ou non, qu'elle conserve ou non des souvenirs

dignes des magasins de bibelots pour visiteurs japonais ?

.

Il règne à sa façon, immuable au-milieu de son temple

duquel l'homme n'aperçoit plus rien que ce qui est

à sa hauteur : quelques souches de pierre cannelées

dont le diamètre énorme lance la pensée vers l'invisible

là-haut planant en plein ciel avec les aigles et les grands

corbeaux qui dans leurs becs pincent chacun un rameau

de lumière !

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...Et nul ne reconnaît l'énorme face bleue

à l'horizon, avec son menton ruisselant de vin d'aurore,

sa barbe de nuées entremêlée aux fleurs des amandiers,

cerisiers, néflier, arbres magnifiques. L'olivier se tait.

Sait-il que nul n'entend – excepté lui et moi - le rire

tonitruéclatantque répand sur le site la Bouche Divine ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VI.

 

Le petit port de Katakolon sommeille au bord de la mer

Ionienne d'un si joli bleu tirant vers l'ardoise pâle

Les bateaux de pêche en rouge blanc et bleu sont souvent

hors de l'eau sur des bers de fortune en bois entrecroisé

.

Presque personne Juste la petite serveuse souriante

qui apporte des cafés «phrappés» L'air est pur et sent bon

Les amis sont là paisiblement dans les confortables

fauteuils de cuir Les reflets dansent paresseusement au pied

des jetées : quand on est un reflet il faut bien danser !

.

Partout les affiches les pancartes les prospectus sont écrits

en graphie hellénique Un alphabet aux formes souples

douces qui me font rêver, dont je lis sans m'en rendre compte

les mots avec plaisir de qui retrouverait sa langue maternelle

.

Tout à l'heure nous irons à la taverne Des rougets exquis,

de la petite friture, des salades simples, délicieuses nous attendent

Nous y parlerons paisiblement d'amis absents ou de livres

érudits joignant pour ainsi dire le bonheur à la parole

comme si le monde était raison dans la lumière d'Apollon.

 

 

 

VII

 

Athènes la rocheuse ne m'a jamais couronné, ni Olympie

où concourait le jour aux pieds rapides : tristement, j'avoue

être inconnu entre ces murs tellement usés d'avoir résonné

des échos de tant de victoires... Sans doute suis-je né

beaucoup trop tard et trop loin des rives fleuries de l'Alphée !

.

Le monde des Hellènes avait, en ce temps-là, un sens. On aimait

la force qui la sève élève en direction de la lumière en laquelle

se jouent les aigles, messagers du haut Lanceur de flèches pourpres !

La beauté des muscles qui, sous la peau, dans l'effort brillant roulaient

leurs vagues à l'instar des écumes qui soulèvent le pelage de la mer...

.

Les corps étaient distincts, ici Sathès, là Méryonè, aucune

confusion des genres, aucune négation de la Nature ainsi que

chez nous l'ont votée contre l'avis des citoyens de pâles députés...

Ici poète et là guerrier ; là-bas quelques pommiers en fleur,

et dans leur ombre la Beauté répartie en plusieurs jeunes filles,

.

portant, sur leur épaule nue, l'urne fraîche où tremblote la Vérité.

 

VIII

.

 

Éclairé par l'aurore aux doigts d'or, le blanc sanctuaire au sommet de la colline n'est, de fait, qu'une simple maison ordinaire aux fenêtres illustrées par mon imagination et le soleil. Est-ce sur un plan crétois qu'elle a été bâtie ? Les redondances d'oliviers en forme de plumes d'autruche, les flammes noires des cyprès, le ciel où s'annonce l'azur, m'affirment que du balcon c'est la Grèce d'aujourd'hui que j'aperçois...

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En bas dans le jardin de l'hôtel, autour de la piscine, ce ne sont pas des hoplites aux thorax étincelants et casqués de crinières pourpres qui s'assemblent, lance au poing, dans un bruit d'airain entrechoqué, seulement un clan de touristes asiatiques aux chapeaux colorés, costumés à l'européenne, certains avec des cannes qui sonnent sur le dallage de l'allée, et qui s'approchent du rebord d'où la vallée d'Élide étend sa coulée d'eaux et de prairies d'une intense couleur émeraude.

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Soudain une rafale de fraîcheur rebrousse les oliviers qui prennent le brillant argenté de la brise. Une jeune femme avance de l'autre côté, cheveux noirs et longs, démarche gradivante et légère, franchit la grille et disparaît derrière le mur qui nous isole de la rue où ronfle en passant une automobile. Plus personne. Les touristes sont partis. Il ne reste plus que les boucliers et les cnémides de mon imagination dont les reflets cuivrés se dissolvent dans les parfums exquis que l'air d'avril me transmet de la part des arbres fleuris.

 

 

.

IX

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On a retrouvé à Olympie un casque gravé du nom de Μιλτιάδης – Miltiade le jeune, vainqueur de Marathon et général aventureux – , actuellement dans la vitrine du nouveau Musée. Quoiqu'il ait été quelque peu cabossé, écrasé par le temps, il a cette gueule noire et oxydée par les siècles des objets puissants légués par l'Histoire. Je voyais Miltiade en colosse. D'après la dimension du crâne que ce casque enveloppait, ce, devait être, comme tous ses concitoyens, plutôt un petit bonhomme...

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Chose étrange, tellement émouvante, de songer que ces héros, l'attaquant infortuné de Paros et tant d'autres, étaient dans la réalité moins grands que moi d'une tête au moins, et que cette tête aurait flotté dans le casque d'un pompier moderne... Il est d'autant plus impressionnant que des hommes si peu nombreux, d'une taille si compacte pour ainsi dire, aient engendré un art, une histoire, une civilisation, à ce point fascinants que l'Europe en est issue tout entière !

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Certes, à l'image de Miltiade, ils n'étaient pas sans défauts. Aristophane nous montre volontiers l'autre face du peuple qui édifia l'Acropole d'Athènes, le Temple de Zeus d'Olympie, le Tholos de Delphes, et la simplicité splendide d'une statuaire, en sa spontanéité naturelle jamais égalée. Bien sûr, l'Orient avait inspiré les phénix de bronze aux becs crochus, les sphynges et les sphinx, les tractations commerciales et les tissus bariolés. Mais c'est l'hellénisme qui entreprit par la langue de discipliner la pensée. Et ce sont les Hellènes, eux seuls, quoique esclavagistes, qui ont rêvé la démocratie.

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D'immenses pays, truffés de talents géniaux dont nous restent tout autant d'éclatants témoignages, n'y ont, eux, jamais songé.

 

 

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X

 

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Ολυμπια, δεσποιν' αλαθειας – Ici les tricheurs, les dopés,

les trafiquants de gloire frelatée eurent en punition

à dresser une statue de Zeus de leur seules mains...

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La seule Vérité serait finalement celle qu'on obtient

par un combat honnête, le vrai de la loyauté, le pur

flamboiement indiscutable de l'Irréductible victorieux.

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Site émouvant où les quadriges des années renouvelaient

le contrat des dieux cosmiques avec les petits hommes nus.

On confiait alors la Vérité aux vertus des corps qui pareils

.

aux arbres du printemps poussaient une sève aurorale

dont l'ambre s'exhaussait aux odorantes floraisons de la pensée.

 

 

 

.

 

 

 

XI

 

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Qui sont-ils ces pâles étrangers qui prétendent savoir

quelles pensées agitaient les nuits des grands poètes de la Grèce !

Ils s'en vont hanter les rues d'Athènes en guettant l'accent

qui, croient-ils, les fera passer pour des autochtones !

Ils courtisent les veuves d'illustres défunts comme si,

d'avoir hérité d'eux, pouvait transmettre leur génie !

.

Nostalgique, j'ai parcouru les allées vertes d'Olympie

sans jamais me croire l'enfant de ces vallées et de ces fleurs...

C'est moi, moi seul, dans un passé lointain, qui ai voulu

adopter les pensers des Hellènes. Non l'inverse. Je n'ai jamais

oublié en quoi le rouge de mon cœur est différent de celui

de ce sol Gre c, pourtant aimé de moi autant que si j'étais

un fils d'Argos ! Mais je ne partage pas l'Hellade, celle

.

qui est mienne, avec ceux, et leurs complices, qu'un ami

que pleurera toujours ma mémoire

considérait comme «enfants et petits-enfant du reniement» !

 

 

 

 

 

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Mardi 23 avril 2013 2 23 /04 /Avr /2013 16:16

TRANSPARENCES 2013

 

 

I.

 

La transparence frissonnante de la mer

vitre jolie sur les fonds veloutés de posidonies

.

propose sa fraîcheur et ses galets pénibles

à nos pieds nus pris entre plaisir et douleur

.

Je regarde les pins bouquets d’étoiles vertes

Le vent exerce sa souplesse entre les ramilles

.

Un oiseau quitte nos présences et fuit vers l’autre bord

Nous n’avions pas remarqué qu’il se cachait si près

.

Étrange vie que la nôtre éprise des lointains

Sous l’oiseau à ses pieds elle n’a pas vu l’ange

 

.

 

II.

 

 

À force de songer à l'ultime expérience le coeur

devient translucide comme l'oiseau de cristal

 

Seules les racines de son sang restent visibles

ainsi que sa couronne Un arbre à demi-sorti

 

de terre que la cognée de l'hiver médite d'abattre

comme toute chose oblique ou torse de ce monde

 

Les rêverie des nuages ne feront plus halte au nid

des feuilles que ne fera plus frissonner l'averse

 

Fini le chuchotis rose à l'odeur de résine que l'aube

déclenchait en y farfouillant de ses ongles dorés

 

Le cadran de la lune n'y viendra plus auréoler

la chouette dont le chant mesure les minutes.

 

 

 

 

3.

 

.

Les yeux abîmés dans le feu bleu des bûches

dont la salamandre pourpre se dresse avec étincelles

.

et fuse en plainte sibilante et craquements secs

ton regard franchit la flamme jusqu'aux nuées

.

glaciales de tes rêves buissonnants comme lavande

Tu te revois « seul à l'aurore » disais-tu « entre la

.

respiration des chênes, nos aînés, dont les troncs

rugueux élèvent l'ombre jusqu'à l'étang serein du ciel »

.

Là-bas ô merveille le bleu tourne au vert en descendant

sur les prairies où les corbeaux graines d'orages futurs

.

sont rassemblé pour statuer sur le sort de la lumière

Des cris indignés sanctionnent l'arrivée d'un retardataire

.

En un monde parallèle tu te verrais bien à camper

dans les steppes du Grand Nord les mains au-dessus

.

des braises du foyer alors qu'au loin s'intensifient

les noirceurs nocturnes des forêts et le hurlement

.

lugubre des loups gorges tendues vers la lune rousse

Tandis qu'à l'horizon le diamant de la première étoile

.

tire un long rayon jusqu'à tes prunelles que le froid

pique du sel des larmes Alors comme un vieux trappeur

.

qui sait que le poème est plus rusé qu'un renard argenté,

tu te dis que ce ne serait pas mal de cesser ta quête

.

et de t'endormir ici pour toujours.

 

 

 

 

 

4.

 

 

.

Tandis qu'en un vide sans gloire ainsi

que d'un vitrail brisé les éclats de mon Rêve

.

jettent leurs derniers feux Toi ma beauté

tu m'accompagnes d'un amour intact

.

Vigilante tu recueilles dans tes paumes l'orient

des colliers fragiles que j'ai pour toi composés

.

Ta façon de me parler c'est ton obstinée

présence silencieuse autour de moi vibrante

.

comme des colombes roses dans une éternelle aurore

environnent une tour ruinée par des siècles d'histoire

.

Quelle joie on éprouve à sentir ton intelligence

tendrement posée parfois sur notre épaule

.

On s'imagine en vieux coureur des mers sur le retour

qui n'a plus que son perroquet à qui parler

.

Ou tel un César triomphant sur son char doré

seul au cœur de la foule en route vers le Capitole

.

à qui dans le creux de l'oreille un esclave dévoué

murmure sans arrêt : souviens-toi que tu es mortel.

 

 

5.

 

.

Par le hublot étroit la houle emportait les regards

jusqu'à de basses terres : je crois, les îles Grenadines

.

avec toutes proches les hauteurs verdoyantes de Tobago Cays

Plaisant, d'être bercé par l'alizé dans la splendeur du monde

.

Une seconde vie ne suffirait pas pour retourner dans chaque

recoin secret qu'illuminent les soleils de cette beauté

.

Reste à respirer un peu de l'air iodé du souvenir

Cette odeur d'algues qui sèchent et de palmes décomposées

.

Sentir entre ses orteils le grincement poudreux du sable

Revivre l'instant où l'on trouve une grosse conque tigrée

.

Dont on usera la pointe à la paroi râpeuse d'un rocher

pour en faire un buccin de nacre qui couinant

 

gravement à nos lèvres fera résonner la sylve, éclater

de rire nos compagnes et s'envoler les millions d'oiseaux !

 

 

 

 

6.

 

.

Le grand mot d'aujourd'hui est empathie - étonnant

comme un mot devient à la mode quand son référent

.

est en voie de disparition !

. Sur une planète où les humains

sont ce qu'il y a de moins rare et de leurs sociétés féroces

.

écrasent tout, la solitude et l'égoïsme des individus

brillent comme des escarboucles ! Il s'ensuit évidemment

.

qu'on n'a jamais tant usé du mot solidarité, du mot

égalité, du mot fraternité, assez peu compatibles certes

.

avec le mot de liberté, car l'égalité suppose que je prenne

la liberté d'ôter à mon voisin tout ce qu'il a de plus que moi

.

et que faire s'il s'agit de sa santé, de sa jeunesse, à fortiori

de son intelligence ? Tout cela finit dans un bain de sang

.

qui a déjà commencé avec les animaux qu'on assassine

aveuglément sur terre, au ciel et dans la mer alors qu'ils

.

n'auront jamais vraiment été nos ennemis ! Si l'on déporte

froidement, vers l'abattoir, de naïfs animaux impuissants

.

dans d'ignobles wagons à bestiaux, en quoi est-ce plus digne

que d'y déporter des humains innocents ? Leurs protéines

.

ont-elles une composition différente des nôtres ? Un jour,

quand il ne restera plus ni bœuf ni cheval ni gibier ni poissons,

.

ce seront des enfants, des hommes, des femmes qu'on élèvera

dans des fermes de clonage, pour les vendre en congelés...

.

Et cette horreur qu'aujourd'hui aperçoit le poète à travers

la vitrine du futur, déjà, si l'on veut accepter de voir, existe.

 

 

 

 

7.

.

 

Ce matin, à travers ce que l'écoute des nouvelles

pendant mon premier thé, m'apprend de l'humanité,

.

je me fais horreur, à peine réveillé, les paupière encore

lourdes – quoi, est-ce là cette sombre espèce à laquelle

.

j'appartiens ? Aurais-je donc en moi les mêmes pulsions

assassines que ce peuple autour de moi qui tous les jours

.

détruit obstinément des vies, du truand qui prémédite

au conducteur d'auto inconscient ? De l'intégriste qui tue

.

les incroyants pour leur apprendre à croire comme lui,

au tyran sanglant qui veut tous les pouvoirs pour soi !

.

Quelque part en Afrique, en Asie ou ailleurs, c'est un jour

de terreur où des armées massacrent tout sur leur passage.

.

Mais qui prétend qu'un dieu pourrait cautionner ça ?

Que là est le résultat prodigieux de sa «création» ?

.

Par la fenêtre, la rue est vide. Les gens sont endormis.

Excepté les chasseurs qui se sont levés tôt pour jouir.

.

C'est dimanche. Certains l'appellent jour du saigneur.

Je ne crois pas m'être trompé dans l'orthographe.

 

 

8.

 

.

Faiblesse des poètes ! Il se jalousent entre eux comme si

l'Autre ayant recueilli quelques lauriers éphémères

.

il fallait ravaler absolument, sous peine d'être soi-même

anéanti, son œuvre au rang de «quincaillerie lyrique»...

.

Chacun de son côté d'une rangée de livres, ils se regardent

en chiens de faïence, guettant vers où va se diriger la main

.

du lecteur, et se morfondent d'une rage autodestructrice

si ce n'est pas vers eux ! Le moindre passage de journal

.

où ils se retrouvent cités les emporte au septième ciel...

Ils ont prétendu toute leur vie rester à l'écart du pouvoir

.

et n'ont jamais rêvé que d'atteindre au pouvoir grâce au

très bizarre chemin qu'il se frayent dans la Confrérie.

.

Pourtant le monde littéraire, s'il court lui-aussi après

des bulles d'air qu'on peut nommer romans, essais, poèmes,

.

n'offrira jamais à personne autant de gloire et de fortune

qu'un simple ballon n'en offre au moindre joueur de football.

 

 

 

 

9.

 

 

.

Le petit cimetière avec la grande dalle et la stèle

aux trois pavots, nous y venons parfois toi et moi,

.

et nous nous regardons à travers la pierre et nous

y voyons notre avenir commun et notre nuit

.

Ce n'est pas anodin ce repos au pied des beaux cyprès

le vent circule entre les tombes Les vraies fleurs

.

le saluent quand les fausses restent immuables

avec leur air de porter un masque inexpressif

.

C'est comme ça que le temps nous force à nous montrer

vivants tandis qu'il laisse fixes les figures des aïeux

.

dont on voit parfois les bustes pétrifiés dans les jardins

publics un bras levé pour haranguer à jamais la foule

.

dans un silence désertique où l'on entend à l'automne

choir les feuilles mortes avec un parfum de tristesse.

 

 

 

 

 

10.

 

.

Soleil étrange émané d'un corps noirci par la lumière

Tout près tout près la vague lèche lèche, assombrit

.

le sable qui par-ci par-là scintille, se retire puis revient

comme font nos regards jamais lassés de ta présence

.

Ce sont des lignes qu'on relit, qu'on relit indéfiniment

Une grâce allongée sur la farine nacrée de nos rêves

.

à la manière d'une source inépuisable de bonheur

qui rayonne à travers l'étendue et dont les courbes

.

déroutent de leurs persistants reflets nos yeux éblouis

au point d'offrir un fantôme de nuées à notre désir

 

 

 

 

.

 

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Mardi 23 avril 2013 2 23 /04 /Avr /2013 16:10

11.

 

 

.

En volant dans la nuit la Chouette ne songe pas

au mouvement silencieux de sa plume

.

C'est l'heure du rapt au sein de l'air obscur

Ainsi dans la nuit le poète en chasse du vivant

.

Avec ce visage crispé de qui reviendrait de blessure

comme le roi Renaud ses tripes dans sa main

.

Langue ma mère allez me préparer l'espace blanc

Jamais je ne verrai le sort de mes enfants

.

car bien avant j'aurai sur le papier couché

rendu l'esprit que le hasard m'avait donné

 

 

 

 

12.

 

La maison est paisible Sur la terrasse

le chat passe et repasse contre la rambarde

.

La lueur du couchant enveloppe le jardin

comme si elle était la mère des roses

.

À la fontaine, l'eau glousse en lavant sa beauté

des mirages sanglants où se complaît Hécate

.

Quelle insolite atmosphère se brode menu

dans les hautes dentelles rousses des chênes

.

Assis sur une souche plate je crains de regarder

mes pieds de peur qu'il en manque un

.

Suis-je un nuage Où est ma tête Où sont

mes bras Un écureuil m'approche de si près

.

que je dois être invisible à moins que j'aie

l'apparence d'un tronc infirme et desséché

.

À force de ne plus sentir mon poids

vais-je jouer les ballons de baudruche

.

et monter là-haut vers le noir piqué d'étoiles

Une chauve-souris en voletant par-ci par-là

.

crie et crie en se réglant sur l'écho qu'elle seule

entend Moi j'écris et j'écris faisant la même chose.

 

 

 

 

.

 

13

 

.

Bleu splendide autour de la pupille de la mer

Regard immense – ou est-ce que je délire ?

.

Ce qui vibre au plus profond de nous et nous hante

c'est ce qu'on appelle «la Nature» Sans cesse

.

l'on y revient Le bruit du vent dans les branches

mêlé aux cigales du soleil vaut bien nos guitares

.

nos chanteuses aux voix rauques de tabac et d'alcool

et nos tams-tams cruels qui font la guerre à tout

.

Vacarme des homoncules pareils à ces gamins

qui ôtent le silencieux de leurs pétrolettes

.

pour se donner ainsi le sentiment ridicule

de driver une Harley-Davidson silencieuse

.

Il existe aussi des prairies douces des eaux calmes

La puissance des éléments le permet

.

Notre faiblesse à nous s'enfonce constamment

dans un paroxysme qui nous détruit...

 

 

.

 

14.

 

 

Il existe aussi des prairies douces

là-haut sur les collines

.

Le ciel est si proche que

les nuages frôlent les scabieuses

.

Leur semence scintillante fait fléchir

la tête des sainfoins les brins du pain d'oiseau

.

Là-haut sur les collines

il existe aussi des prairies douces

.

La vent est si proche de la terre

qu'il peigne la fraîche filasse des herbes

.

d'où parfois fuse à l'aube vers le firmament

et frétille une alouette prolixe et dorée

.

Sur le scion du poirier solitaire un joli

merle noir fièrement perché s'égosille en vocalises

.

On se demande comment un si petit gosier

peut contenir tant d'harmonie et de roulades pures

.

Un bien plus grand miracle

que n'en fomente le bec d'acier du poète

.

assis là-haut parmi les collines

où ses yeux s'apaisent sur les prairies douces

.

lorsqu'il froisse de ses mots encreux

la blanche étendue que le papier offre à ses rêves

 

 

 

.

 

 

 

15.

 

.

La voie du bambou m'a mené à la voix du roseau

singulier trajet à travers les sphères

.

J'ai connu Wunien et Yinien et Wuxing et Cheng

et Ke et songé avec Yùxiàji ma boîte de Pandore

.

Kui Xing est descendue des hauteurs célestes

pour poser dans mes mains quelques flaques de lumière

.

Admirable sagesse des ancêtres et mythes subtils

combien de cervelles sur vous se sont exercées !

.

Dans ma tête je revois les dieux de la Grande Ourse

procession et vêtements de soie or et turquoise

.

Un immense frisson s'était emparé de la mer

et les oliviers tremblaient de toutes leurs feuilles

.

Mais tout cela est passé J'ai dit adieu aux Mondes Anciens

Je me suis séparé des fresques et des croyances

.

Pour rêver à la vibration des choses et à l'avenir

j'ai coupé un roseau je l'ai percé Biseauté l'embouchure

.

Puis comme le son insupportait aux oreilles

de mes contemporains je suis parti à l'écart de la ville

.

jouer seul dans la nature pour les pins et les rochers

qui dociles parfois répétaient mes chansons.

 

 

 

.

 

16 .

 

.

Mes mains dans la froideur du lavoir couvert

j'ai rincé le couteau rouge L'ombre de l'été

.

était tiède et mystérieuse Une inconnue en traversant

la place du village blanche de lumière a souri

.

Ce sont maisons acagnardées avec tuiles auxquelles

la poussière inflige l'ocre clair des tourterelles

.

Du haut rempart on dévale du regard la vallée

de la Siagne jusqu'à la flaque de plomb en fusion

.

dont l'éclat se fondant parmi la brume de chaleur

qui voile l'horizon certifie qu'il s'agit de Notre Mer

 

.

D'un rebord de fenêtre une profusion de jasmin

embaume la venelle en escalier qui dédale

.

jusqu'à la limite des ombres qui annonce

parmi les herbes en friche du sentier de la forêt

.

que l'on a quitté les concrétions de pierre et les arches

qu'habitent les humains aux volets mi-clos

.

Je descendrai dans l'odeur des mentes en effarouchant

une grièche à tête rousse qui s'indigne et fuit

.

jusqu'au petit bois d'eucalyptus en contrebas

Le signe qu'un poète - où qu'il passe - dérange...

 

.

 

17 .

 

.

Ouvre-moi ta beauté ma transparente mon aurore

De vague en vague je veux fendre ta fraîcheur

.

Me fondre dans ta verte éternité, présence infinie

De soi-même en permanence renaissante

.

Cristalline émotion de s'envelopper d'un corps

D'être une lame rayonnante au fourreau de la mer

.

Te voici qui changes sous le regard de l'azur

mouvant lentement ses ailes de vapeur blanche

.

Odeurs de sel et d'algues et de dauphins luisants

Ton cœur comme eux bondit dans l'éther de l'Amour

.

Irisé le temps nappé d'écumes ruisselle

et pétille dans mon sang comme du champagne

.

Berce-nous belle houle enfle-toi poitrine limpide

Racines de tout ce qui est nous n'avons plus de limites

 

 

 

.

18.

 

.

Cette chose noire au fond de toi ressemble

à une tache d'encre qui s'évase largement sur du buvard

.

Dans la lumière du matin tu t'efforces

d'en rincer ta vie L'air dans ta bouche a goût de menthe

.

Le chemin serpente au pied des oliviers crépus

dont le soleil argente les petites feuilles frétillantes

.

comme à deux pas du bord ces bancs de poissons

qu'on dit à friture et qui vous mordillent les chevilles

.

Au-delà des forêts les montagnes aux étraves claires

naviguent sur la brume où la nuit bleue s'attarde

.

Tes yeux vers l'est se laissent éblouir par une araignée d'or

Sa toile rayonnante prend au filet le paysage

.

Etrange sentiment soudain de t'imaginer pareil

au moucheron arpentant fiévreusement la vitre

.

qui le sépare de la lumineuse vérité des choses

et de ces réponses simples comme

.

lorsqu'on prend dans ses mains un visage de femme

pour un baiser intense où tout est dit.

 

 

 

19.

 

.

Mes mains dans l'ondoiement tiède et doux

de tes longs cheveux comme en des fougères

.

Une senteur de forêt reconnaissable entre mille

avec le ruisseau qui sur la dalle éparpille et rassemble

.

son multiple cristal zébré d'ombre et d'éclairs

selon que le soleil bouge dans l'ombre des ramures

.

Le silence y circule les narines frémissantes,

s'approche de ton oreille Glisse une phrase leste

.

au cœur joliment ourlé de son intimité rose

tandis que trop proche mon souffle soulève

.

- comme une brise s'égare dans les fougères -

tes longs cheveux que je repeigne entre mes doigts.

 

 

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Mardi 23 avril 2013 2 23 /04 /Avr /2013 16:09

 

.

20.

 

.

Peu à peu la vie expurge ce qui nous entoure

de notre présence et nous repousse

.

dans l'exigu d'un corps qu'elle médite

depuis notre naissance de dissoudre

.

Un jour on ne quitte plus sa région puis

sa ville puis sa maison puis sa chambre

.

lorsqu'on en a encore une sinon c'est

directement la rue l'hiver et l'on part en fumée

.

Nos cendres répandues sur le gazon du souvenir

Adieu Adieu belles fictions de l'outremonde

.

Nous nous reverrons nulle part Tu me reconnaîtras

J'aurai dans mon absence de main un poème

.

en papier et mon visage offrira l'oblong

émiettement étincelant des galaxies

 

.

21.

 

.

Écoute s'il pleut De moi l'on ne saura jamais

rien de plus que cette rue anonyme

.

où les première étoiles noires de l'averse

constellent les trottoirs et la chaussée

.

Parfois un passant esseulé d'un pas pressé

traversera mon poème en essayant d'éviter

.

d'être mouillé par le ciel sombre qui mitraille

de sa froide transparence la rue oubliée

.

Écoute s'il pleut De moi l'on ne saura jamais

rien de plus que cette rue anonyme.

 

.

 

 

.

 

22.

 

.

S'aventurer invisible entre les mots

tel un courant d'air doux entre des épis

.

Qui me verra spectre trahi par sa trace

tiges infléchies comme par l'orage

.

Me voici Personne émule d'Ulysse

J'écoute enchaîné le chant de la sirène

.

Puis le danger passé j'intime à ma mémoire

de me restituer le chiffre du Miserere

.

afin d'en transcrire les ré réré ré... ré...

si-bémol mi-bémol rédo... si bémol...

.

Comme si l'on pouvait offrir ce genre

d'ennuyeux souvenirs à quiconque

.

et le guider d'un souffle sur les ondes

lumineuses d'une moisson d'or feint !

 

 

 

 

 

 

 

.

23.

 

.

Si peu doué pour les poèmes il avoue

ne rêver que de transparence

.

Qu'à travers lui apparaisse intact

et comme vrai tout ce qui est

.

Quitte à se faire rabrouer par les fleurs

imperméables aux flatteries du vent

.

Ou à devoir abreuver les roseaux

avec ses arpèges limpides

.

Il voudrait passer entre les hommes

ainsi que le parfum d'une beauté oubliée

.

Étre facile et que sa clarté sans effort

traverse le miroir aux émotions

.

Disant le nécessaire et l'impensé

avec la simple grâce d'un pinson des arbres

 

 

 

 

 

.

24.

 

.

Tu te résous mal à ce que là-haut

sur les arêtes ainsi qu'un drap blanc

.

le vent soulève sans toi la poudreuse

dévoilant des roches fessues que tes mains

.

expertes ne palperont jamais plus !

Premier avril Alphas poissons et rictus

.

Opiniâtre sensation que la vie est une farce

Mais qu'en son ridicule l'espoir s'acharne

.

Avec son chagrin brillant comme la rosée

Et ses regrets secrètement émerveillés.

 

.

 

 

25.

 

.

Un brin de verveine entre les dents

Son visage aimé entre tous

.

Fraîche de l'espadrille foulant le sentier

Elle laisse un sillon dans l'air odorant

.

Des roses plein les bras

Sa hanche doucement balance

.

L'if noir devant lequel elle a passé Se sent soudain unijambiste

.

À ses cheveux s'accroche un flocon bleu Peut-être un duvet d'aile d'ange

.

De ceux qu'on voit pris dans les ronces Par les soirs de mélancolie quand la vie nous échappe

.

Se fût-elle avancée un jour à ma rencontre Le bonheur eût sans doute été insoutenable

.

Tel qu'il le fut près de ma Blonde en vérité Et tel que je vous dois de dire qu'il est encore.







 

 

 

 

.

26.

 

.

L'écume se poursuit le long de la jetée

À l'ancre les bateaux balancent à bout de laisses

.

tantôt droites et tendues tantôt courbes

et trempant dans l'eau de jade vert

.

Il pleut Aucune nouvelle de l'horizon

La brume grise gomme les frissons lointains

.

d'où vient la mer déverser les reliques de ses voyages

emballées de franges écumantes sur la plage

.

comme une enfant lasse de ses vieux jouets cassés

les abandonne en tas dans un coin du jardin

.

où sans bouger ils rejoindront les souvenirs

dans l'éternel présent des choses passées

.

 

 

 

 

 

27.

 

.

Feux du soleil dans une aube d'orage

par-dessus les lourds nuages bleu de plomb

.

Un dauphin secoue la surface des vagues,

étincelle en s'ébrouant au revers des écumes

.

Entre elles jouent les tuiles d'étain de la mer

comme les écailles du Dragon de l'abîme

.

À hauteur du balcon virevoltent les mouettes

En tendant une main tu leur toucherais l'aile

.

Folles libertés de plume glissez sur les pentes

versatiles du vent pâle et laissez-moi

.

la trajectoire acrobatique, imprévisible

et transparente d'un poème à goût de sel

.

Que la chaude lumière de midi l'élucide

jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un cristal en fleur

 

 

 

 

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