Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 10:02

                     La bouteille


De loin je vous écris. Je vous écris de loin, madame,

De l’autre rive ou, disons, de l’autre hémisphère,

Celui où tout se passe la tête à l’envers !

Chez vous un grand soleil illumine les âmes.

Chez moi, tout n’est que noir, au mieux orné de lune

Comme un nombril d’argent au ventre de ma nuit...


Je vous écris de loin comme on jette à la mer

La bouteille verdâtre avec, vaguement visible à travers,

Un parchemin couvert de signes mystérieux, de lignes

Mystérieuses, avec dessins et croix et tout juste lisible encor

«Ici se trouve le trésor» et, piégé comme fut La Buse,

On lance son secret dans la foule ondoyante et sonore,


Avant qu’à l’échafaud ne s’impatiente le bourreau !

Par La Source - Publié dans : poésie - Communauté : vos poèmes
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 14:33

 

 

 

                                                Enfantillages

 

Sur le rebord de la montagne, une envie de voyage :

Assise comme un garçonnet qui balance les jambes...

Et cette voix qui dit veux-tu cesser tes enfantillages :

Ravalant tes sanglots tu songes à la «condition humaine...»

Là-haut un observatoire bizarre guette les étoiles ;

Il ressemble à un empilement d'oeufs géants.

Quel oiseau préhistorique aurait pondu des coquilles

De quatre mètres de diamètre entre les dolines ?

Va-t-il dans le grand vent surgir un immense

Ptérodactyle aux ailes de chauve-souris déployées ?

La voix a dit de cesser les enfantillages mais si

Je cesse de tout changer en rêves que me restera-t-il ?

 

 

 

 

 

 

Par La Source - Publié dans : poésie - Communauté : vos poèmes
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 16:56

 

 

 

 

À une Étoile

 

 

 

Eh, c'est elle, la lointaine aux cheveux bleus

que je revois, comme à l'âge de la Pierre...

Traumatismes intacts, ainsi qu'au bas du glacier

le corps de la jolie randonneuse morte trente ans

plus tôt, qu'a rendu, après ce temps, la crevasse

fondant au bas de la montagne... Son visage

est paisible, presque souriant, elle a l'air endormie :

un peu de rose même a survécu sur ses pommettes.

Ses vêtements à la mode d'un autre temps moulés

sur son corps exquisement jeune. Dix-sept ans

peut-être, près du ruisseau glacé qui brille

comme du mercure. Sa nudité doit ressembler

à une statue qui sort étincelante de la fonderie !

Ô folle imagination, et si c'était la treizième

qui revient – et c'est encore la première ! -

La lointaine, enfouie au fond des saisons

comme un bloc erratique déposé dans un lac...

 

Les oiseaux noirs sont toujours là, suspendus

à côté de l'Étoile, et la lumière se déverse

par le col du futur et du passé, comme un pollen

d'or qui embrume les hautes herbes où les abeilles

s'affairent vaillamment malgré les pesticides !

Demain, elle reprendra le dessus, la féconde,

la Physis, la Dispenseuse des Rosées, celle

qui demeure, nue, alors même qu'on a tout perdu !

Nous reverrons le papillon se poser sur la rose,

Et flamboyer la nuée sur les sept sceaux brisés.

 

 

 

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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 18:28

 

Reliques

 

Aujourd'hui, ce qui m'appartient, à moi triste compère de mon ombre, n'a plus d'existence. C'est l'horizon réduit à un seul point.

 

C'est juste une sorte de bruit noir. L'écho absurde d'un épais silence, aplati comme une crêpe sous l'étouffant monolithe du jour.

 

N'approchez pas l'obscur poison d'une âme grise ; ce qu'il contamine coule froid dans les membres qu'il envahit d'une insensibilité de ciguë.

 

C'est, les yeux dans les yeux, Gorgo regardée en face, sans miroir ni bouclier, beauté serpentine ainsi qu'Aphrodite en rêva, veines de porphyre bleu à ses tempes d'albâtre...

 

Glauques souvenirs de mers, bouillonnements de phrases blanchâtres fusant ainsi qu'un cordon d'explosifs qui vous revient du long d'un littoral à l'infini commencé.

 

L'Ile de Soie moire au couchant l'ultime refuge du soleil. Mais je ne suis pas né d'une pluie d'or, au secret d'une tour de bronze. Ni je n'ai troqué Argos contre Tirynthe aux remparts cyclopéens...

 

Et je ne tranche pas la tête à celle que j'aimais déjà – ô fantômes – du temps où j'errais, innocent, aux vallées zodiacales qui gardent les puits de mon artésienne mémoire.

 

Par La Source - Publié dans : poésie - Communauté : Poésie Passion
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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 15:50

 

Vade-mecum

 

 

On feint le retour – mais il n'est pas de retour !

 

La générosité de l'aède n'attend rien, elle donne.

 

A l'exemple du soleil ; à l'exemple de tout ce qui se consume jusqu'au bout.

 

Jusqu'à l'instant où la clarté vacille et s'éteint : à travers la toile d'araignée l'immense petit-jour, astiqué comme le pavillon d'un tuba, cuivre la lucarne.

 

Ce qui tremble sans vent doit se préparer au plus noir silence.

 

L'arbre ne sait pas qu'il est marqué. De sa plaie sourd un ambre d'or qui, lent au long du tronc, laisse une piste luisante à l'instar d'une limace.

 

C'est l'heure où le langage, la salive ayant séché, quitte son ancienne voix.

 

Ne restent que les pages que la mer feuillette, silence de conque changé contre l'oreille en distante rumeur.

 

Enfant, ignores-tu que ce ressac est celui de ton cœur, amplifié comme mistral par l'arbre de ton sang ?

 

 

 

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