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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 17:38

 

Le point de vue du revenant

 

Les trésors d'une jeunesse hallucinée, parmi les pentes d'épilobes, de scabieuses, de framboisiers sauvages : Goethe, Hölderlin, Bousquet, Trakl, Pindare, Nerval, Horace, Perse, Jacob, Rimbaud bien sûr, et quantité d'autres. Curiosités acharnées de garçon à mentalité de revenant, de si longtemps regardant l'horizon évaporé du futur.

 

Au fond des vallées, le bulbe d'or et les rougeurs des villages. Au-dessus, à la pointe du mont, la statue brillante d'un saint qui semblait tout juste extraite de la fonderie. Son reflet argenté attirait les cris mélancoliques des buses et le vol stationnaire des crécerelles. Odeurs des sentiers craquant sous les semelles, les aiguilles de pin en fin tapis et la terre dessous, humide.

 

Les vesses-de-loup éclataient sur notre passage comme des sanglots bourrelés de regrets. Ô les champignons qui embaumaient l'étendue où vêtu de rouge et de jaune moutarde se roulait l'automne aux moustaches de corbeaux. Que décrire, qui ne soit inutile, de ce terreau noir que j'aimais sentir, élastique et complice, à l'instant où le pied rejoint en courant le plancher des vaches.

 

Tous les ruisseaux suçaient leurs dragées de calcaire, en gloussant ainsi que les filles ensemble, quand elle regardent passer ces gars gauches comme des faucheux, dont elle feront un jour leurs maris. Le seuil obscur des étables nous giflait le visage de remugles chauds et organiques. Ô la bouffée suffocante des bouses embaumées, la fraternité des grandes bêtes calmes, cette touffe de poils à caresser entre les larges cornes ; et le jet de pisse dorée, hors les plis des grosses vulves, à éviter sitôt qu'on voyait une queue levée.

 

Tout – pulvérisé par la distance et réduit en poussière de secondes sur tous les trajets dissipée ! Passant aujourd'hui un doigt sur la fenêtre de ta mémoire, tu ne récoltes rien qu'une pulvérulence grise comme de la cendre, et dans les vieilles fermes de l'alpage les jougs abandonnés et les outils rouillés traînent sur le sor empierré des cours. Tandis que dans les vitres passent des fantômes.

 

 

 

Par La Source - Publié dans : poésie - Communauté : vos poèmes
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